L'alimentation des veaux en lait

La question de la distribution du lait aux veaux est rarement abordée spontanément par les éleveurs. Ce travail, souvent fait en parallèle à la traite, est souvent dévolu aux femmes. Or il est souvent pénible (port de charges, éloignement, …)

I – Emergence du problème (les questions de l’exploitant)

a- les symptômes constatés dans l’exploitation et leur formulation

Différents problèmes émergent dans la réalisation de cette tâche :

-        port de seaux de lait,

-        port des sacs de farine de lait,

-        déplacements importants (éloignement entre le lieu de préparation et la nurserie),

-        postures penchées pour préparer, nettoyer, …

-        interruption de la traite pour distribuer,

-       

Le plus souvent, ce n’est pas directement une question « travail », mais des préoccupations concernant cet atelier qui vont être évoquées :

-        considérations économiques : « cela me coûte cher »…

-        considérations techniques : « je n’arrive pas à respecter les préconisations techniques »…..,  « les veaux sont malades »….

-        considérations familiales : « quand ma mère ne pourra plus le faire… »

b - les questions pour élargir l’analyse

Voici quelques questions à se poser pour mieux comprendre la situation :

Quelles sont la technique et l’organisation actuelle ? 

-        Distribution de lait artificiel ? ou du lait des laitières ? (dans ce cas, est-il pris dans le tank ou certaines vaches sont-elles traites au pot ?)

-        Gestion des quotas et de la qualité du lait ?

-        Quand ? (pendant ou après la traite)

-        Par qui ? (âge, santé, compétence, goût pour ce travail….)

-        Où ? (distance et autres caractéristiques de l’espace entre le lait et les veaux)

-        Avec quoi ? (caractéristiques des outils utilisés)

-        Y a-t-il eu des problèmes techniques ? (performance de croissance et santé des veaux),

-        Quelles conditions de surveillance ? (sur le passage, veaux à l’écart peu visités…)

-        Quelles conditions de curage ?

-        Quelles conditions de travail à la traite (port de bidon, marches, largeur des passages…)

-        Y a-t-il des problèmes de santé pour les exploitants ? (maladies, accidents)


A partir de ce pré-diagnostic, il faut identifier les questions à creuser.

-        Chaque question en amène généralement une autre (et non une réponse !)

-        Des interactions entre les tâches et entre les travailleurs vont apparaître.

-        Des pistes de solutions sont déjà imaginées, il faut identifier leurs points forts et leurs points faibles, les freins à leur mise en œuvre ou au contraire leurs atouts pour une mise en pratique.

A partir de ce pré-diagnostic, il convient de vérifier les hypothèses exploratoires qui en découlent. Les investigations à conduire sont listées dans le chapitre suivant, qui ne décrit ni la place de chacun dans cette étape, ni les outils utilisés.

II – Les investigations à mener pour approfondir l’analyse (Où est la pénibilité à éliminer ?)

Selon les réponses obtenues aux premières questions, il va falloir identifier les déterminants pertinents de la difficulté actuelle avant de valider les leviers d’action susceptibles d’être efficaces.

Les techniques suivantes sont possibles :

-        observer cette séquence de travail,

-        faire raconter le travail séparément par la personne qui le fait habituellement et par une autre,

-        comprendre comment sont priorisées et articulées les tâches de traite et de distribution du lait aux veaux,

-        en complément des deux précédents méthodes, évoquer les situations exceptionnelles (retard dans le travail, absence d’une personne, différences entre le début, le milieu et la fin des vêlages, panne d’un outil, fin de campagne quand le quota a été produit …)

-        faire dessiner le plan et les flux (lait, machines, animaux, humains).

Il faut situer ce problème dans le cadre plus large de l’ensemble de l’exploitation et de ses projets :

-        interactions et interférences avec d’autres tâches et d’autres ateliers,

-        incidences des projets et de l’évolution prévisible de la main d’œuvre, de la réglementation (bien-être animal, mises aux normes environnementales…).

-       

Ces analyses complémentaires devraient permettre de faire émerger des pistes d’actions.


Les investigations produisent des pistes de solutions et permettent souvent de décrire les caractéristiques fonctionnelles qui sont attendues de celles-ci. De là à la solution, il y a encore du travail pour construire des solutions qui non seulement y répondent, mais intègrent d’autres impératifs de l’exploitation (réglementation, économie, faisabilité technique, autres contraintes…)

III – Les pistes d’actions possibles (Que faire ?)

Alors que l’on est souvent très porté sur les solutions techniques, les investigations complémentaires vont orienter l’exploitant vers des leviers d’action plus variés et dont la relation n’est pas toujours, du moins en apparence, directe avec le problème posé initialement :

a - Modifier le système de production ou les choix techniques

-        modifier la composition du lait (% lait artificiel…),

-        distribuer une fois par jour (génisses d’élevage)

-        distribuer du yogourt,

-        sevrer plus tôt ou plus tard

-        faire élever les génisses par d’autres éleveurs,

-        faire adopter un veau par une vache qui a des cellules,

-        regrouper ou étaler les vêlages sur des périodes choisies,

-       

b - Réorganiser le travail

-        changer la personne affectée à cette tâche,

-        modifier l’ordre d’enchaînement des tâches

-        trier les vaches sur le quai de traite,

-       

c - Modifier l’espace

-        rapprocher la nurserie de la laiterie,

-        réaménager le local du tank,

-        aménager le bâtiment pour une circulation des animaux qui facilite le tri des animaux (ordre d’entrée à la traite)

-        faire des lots d’animaux homogènes du point de vue sanitaire,

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d - Modifier les outils et technologies

-        adopter un tank à roulettes (branchement sur la machine à traire pour le remplir, puis pour le nettoyer – avec ou sans résistance pour réchauffer – avec ou sans double stockage pour le colostrum)

-        mettre une double ligne

-        créer un bidon assez grand et mobile, facile à nettoyer,

-        utiliser des louves, DAL

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e - Réintroduire le poste identifié dans la construction d’un projet

-        un projet de réfection de la salle de traite, de la nurserie,

-        ….

Les solutions envisagées vont rentrer en interaction et produire les effets prévus mais aussi d’autres moins attendus, qu’il vaudrait mieux identifier avant la mise en oeuvre ! Il convient donc de comparer les solutions et leurs effets prévisibles directs et indirects dans des domaines variés.

C’est l’éleveur qui construira et décidera de sa ou ses solutions.

Quelles que soient la ou les famille(s) de solution retenues, il faudra veiller à ce qu’en cours de conception les objectifs initiaux et les caractéristiques fonctionnelles qui en découlaient ne soient pas oubliés. La simulation des conditions de travail futur permettra à la fois ce rappel et l’appropriation de la nouvelle situation par tous les participants à ce travail.