L’ergonomie en Moe pour concevoir un CFA

 

Histoire de maçons ou comment permettre aux utilisateurs finaux d’entrer dans le projet ?

  • Les enseignants en maçonnerie et carrelage  constatent que leurs besoins en supports amovibles individuels pour chaque apprenti n’avaient pas été intégrés au programme. De plus l’ergonome a constaté que les esquisses prévoyaient une surface inférieure au programme du fait des contraintes de réhabilitation.
  • C’était difficile pour les enseignants de continuer à collaborer au projet s’ils ne pouvaient espérer une amélioration de conditions de travail déjà mauvaises. Les simulations du travail faites avec l’ergonome, mettaient à jour les situations prévisionnelles suivantes :

-      chaque groupe d’élèves (4 par mois se succédant) devant construire les éléments de murs et autres exercice sur plusieurs lignes, touche à touche, à même le sol ;

-      avec des difficultés pour circuler entre les diverses constructions du groupe en cours, mais aussi celles des autres groupes à des niveaux d’avancement différents ;

-      avec des approvisionnements à faire aux seaux car il n’y a pas la place pour les brouettes…

-      et des problèmes de déprédation d’un groupe sur l’autre sur les ouvrages en cours…

  • Ces simulations ont permis aux enseignants de proposer que le projet intègre le besoin a priori, soit 70 supports de 1600 mm X 1000 à pouvoir disposer 16 par 16 maximum dans l’atelier, quand les autres en cours seraient à stocker dans la cour extérieur : l’ergonome a relayé cette proposition auprès du secrétaire de la chambre des métiers (maître d’ouvrage du CFA).
  • Après un premier refus et devant l’insistance de l’ergonome, le secrétaire de la chambre des métiers a demandé à l’architecte de dessiner l’emprise de 200 m2 de stockage extérieur supplémentaires.
  • Cette nouvelle proposition de plan et les nouvelles simulations ont permis aux enseignants de valider l’intention du secrétaire de la chambre de bien vouloir prendre en compte leurs besoins. Mais cette proposition comportait encore quelques inconvénients :

-      malgré une organisation par file d’une dizaine de supports, la manipulation au transpalette restait très fastidieuse, d’autant que l’investissement dans un transpalette à moteur n’était pas à l’ordre du jour et que le temps de mise en place n’était pas prévu ;

-      l’emprise de cette aire de stockage se faisait nécessairement au détriment de la cour des apprentis qui était déjà assez petite (nous sommes en réhabilitation, donc très contraints par le terrain existant).

  • Sous l’impulsion de la démarche de concertation constructive, mise en œuvre par l’ergonome, les enseignants ont alors proposé de réduire au minimum ces supports (de 1600 X 1000 à 1600 X 500), de supprimer un local intérieur de stockage d’outillage pour pouvoir ranger la plupart des supports en cours sur les côtés de l’atelier ce qui permet aux 16 restant d’être confortable dans l’espace central. Il ne reste plus à placer en extérieur qu’une quinzaine de supports, ce qui peut tenir dans l’espace dévolu auparavant, donc en retrouvant la surface de cour initiale.
  • Cette nouvelle configuration est alors acceptée par le secrétaire de la chambre des métiers.

Cette exemple parmi d’autres montre que le travail de l’ergonome permet de relayer des besoins en les assortissant d’argumentaires efficacité et santé, à la fois auprès du maître d’ouvrage qui décide, et du maître d’œuvre qui conçoit et peut donner un avis de faisabilité technique et financière. Pour déboucher sur une solution simple et organisationnelle, il a fallu un détour par la conception d’une aire de stockage de 200 m2 supplémentaires. Ce détour peut paraître inutile, hors il a été essentiel pour plusieurs raisons ayant traits à la fois au comportement humains et à notre méthodologie :

-      la confiance entre le maître de l’ouvrage (toujours un peu éloigné des utilisateurs finaux) et les futurs usagers doit se construire. Elle s’inscrit dans l’histoire sociale de l’organisation ;

-      cette étape a permis aux enseignants de s’approprier les contraintes du projet, ce fut un préalable à la phase de recherche de solution à l’intérieur du cadre contraints. En effet, la première solution trouvée est rarement la bonne !  mais permet aux partenaires (MO, MOe et usagers) de se comprendre pour intégrer leurs 3 problématiques en une seule.

-      sans cette étape, les enseignants n’auraient pas accepté de prendre en compte les contraintes spatiales (étroitesse du terrain, atelier plus petit que prévu, local outillage à supprimer), pédagogique (cour petite) et financière (budget ne permettant difficilement l’ajout de coûts supplémentaires, le projet étant déjà en dépassement du fait d’un calcul de faisabilité déficient).

-      seuls les enseignants pouvaient trouver et proposer la solution optimale.

Cet exemple est bien révélateur de ce qui fait notre plus value dans les projets architecturaux tant en assistance à maîtrise d’ouvrage qu’en assistance à maîtrise d’œuvre. L’analyse du travail et/ou de l’usage futur prévisible du bâtiment, puis la simulation d’activités caractéristiques avec les utilisateurs finaux, permettent de dépasser les besoins exprimés sous formes de revendications (donc plus ou moins relayés par le programme) pour arriver à des besoins s’insérant pragmatiquement dans le projet.

C’est donc face aux exigences bien comprises par tous de l’activité de travail que le projet évolue plutôt que sous la pression plus ou moins incohérente des rapports de force : l’objectif ici est de valoriser les arguments constructifs et objectifs pour une efficacité durable des choix architecturaux.

Maître d’ouvrage choisissez !


L’ergonomie en conception architecturale de bâtiment : caractéristiques principales

  1. Que ce soit en phase de préparation du projet qu’en phase de conception ou de réalisation, l’ergonome a une posture de consultant auprès de tous les acteurs du projet.
  2. S’il est mieux positionné en assistance à la maîtrise de l’ouvrage avec un démarrage très en amont du projet (en même temps que l’étude de faisabilité ou que le programmiste par exemple), il devra continuer son travail en phase de conception pour assurer la continuité méthodologique de son action.
  3. Son efficacité s’appuie sur les données recueillies sur l’activité future prévisible devant se réaliser dans le bâtiment à construire ou à rénover : c’est sur cette base que l’ergonome peut travailler efficacement avec les utilisateurs finaux (opérateurs, encadrement, direction, logistique, maintenance et entretien) en évitant de ce fait les pièges de la participation (recueil de besoins se transformant en cahier de revendications, frustration, incompréhensions entre acteurs aux logiques différentes…).
  4. Il est porteur de la relation entre efficacité (productivité, qualité de service…) et santé des usagers (travailleurs, public), il doit donc permettre aux acteurs du projet (maîtrise d’ouvrage : responsable du projet, direction, chefs de service, opérateurs – projet : programmistes, architectes, ingénieurs des bureaux d’études, contrôleur, SPS – extérieur : pompiers, collectivités territoriales…) d’approcher l’organisation futures et les exigences des différents usages de façon précises, au niveau de détail nécessaire pour chaque phase du projet et pour chaque acteur, crescendo du programme au PRO.
  5. Le travail de l’ergonome se concrétise par un cahier de recommandations fonctionnels et techniques en phase de préparation et par des simulations de situations caractéristiques sensibles en phase de conception assorties de propositions de solutions construites en interaction avec les différents acteurs se concrétisant au final sur les plans et dans les DCE : l’ergonome fait des va et vient permanent entre la maîtrise de l’ouvrage, l’équipe de  maîtrise d’œuvre, les usagers finaux (en groupes de travail si nécessaire), la direction de l’organisation en cause, de manière à faire émerger le meilleure compromis possible sur chaque problème rencontré. Pour certain maître d’ouvrage, l’ergonome réalise des fiches locaux détaillées comme outils d’aide à la conception et de traçabilité des choix réalisés jusque dans les plus petits détails.
  6. Ce travail demande du temps, à la fois pour l’ergonome (analyse sur le terrain, sur des sites de référence, animation de réunions, production de document de synthèse, entretiens avec les acteurs du projet et médiations diverses) et pour les acteurs du projet (réunions, travaux de groupe, entretiens de travail) : ce temps est dépensé surtout en début de projet, une intervention réussi se traduisant par très peu de modification liée à l’usage au niveau de l’APD.